le chemin de Philarmor

15 décembre 2010

Adieu Madame Levenson

levenClaude B. Levenson luttait depuis des années pour un Tibet libre.
J'ai appris son décès, ce lundi 13 décembre.
Je l'avais rencontrée à Quimper en 2008, lors d'une de ses nombreuses conférences pour faire connaitre la réalité de l'oppression chinoise.
Elle présentait son livre, "Tibet : la question qui dérange". J'ai souvenir d'une femme d'une grande gentillesse et disponibilité.
Traductrice du Dalaï Lama, amie d'Aun Sang Suu Kyi, la cause tibétaine perd une de ses plus ferventes défendeuses.
A lire également :
— "Aung San Suu Kyi, demain la Birmanie", en Poche de Jean-Claude Buhrer et Claude Levenson. 2003
— "L’harmonie intérieure", en Poche du Dalaï-Lama et Claude Levenson. 2004
— "Tibet, otage de la Chine", en Poche, de Claude Levenson. 2005
— "Le bouddhisme", en Poche de Claude Levenson. 2007

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15 juillet 2010

Flore VASSEUR : "Comment j'ai liquidé le siècle"

liquideTout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le monde impitoyable des traders sans avoir jamais osé le demander !
C'est dans ce livre, c'est un roman, mais tout semble vrai et c'est effrayant.
L'auteur, Flore VASSEUR a été championne d'Europe de snowboard, fait HEC et bossé dans le marketing a New York.
Dans "comment j'ai liquidé le siècle" elle raconte, à la première personne, l'histoire de Pierre, enfance terne à Clermont-Ferrand, ascension classique du matheux besogneux, polytechnique.
Après l'X, quand on ne sait faire que des maths, on est happé par le monde de la finance et l'attrait de l'argent. Il rentre dans l'univers des traders, pour poursuivre dans un enfermement de chiffres, de profits faramineux ou le sens des réalités s'efface complètement.
Il est contacté par une mystérieuse Madame Krudson qui lui confie une clé USB avec laquel il est en mesure de faire sauter le système capitaliste. Pas pour mettre quelque chose de mieux à la place, mais pour le faire renaitre de ses cendres, et contrer le risque grandissant d'hégémonisme de la Chine sur le marché mondial.
Madame Krudson use d'une grande influence sur le milieu mondial de la finance par l'intermédiaire d'une organisation ultra-secrète, le Bilderberg, qui réunit, une fois par an les personnalités les plus influentes du monde occidental des affaires, des pétroliers, des banquiers, des militaires, des magnats de la presse, des monarques, pour discuter des grandes orientations de la planète dans la plus grande confidentialité.
Fiction ? Eh bien non, le Bilderberg existe bien, le G20 et autre G8, à côté ne sont que réunions d'enfants de coeur. C'est là que le sort de la planète se décide et çà fait froid dans le dos.
Le nouvel ordre mondial se dessine et on n'y voit que du feu.

Morceaux choisis :

"la planète est un Monopoly, les entreprises des sigles à la pelle, les cadres, les fantassins du grand capital. Le monde bosse pour nous. Nous n'apparaissons jamais. Nous,l es banquiers, vivons levaragés, hyper-endettés. Nous misons un, empruntons cent, gagnons mille. PIB, cash-flow, monnaies, nous parions sur tout mais ne savons pas lire un bilan. Nous n'avons jamais mis le pied dans une entreprise, ce repaire de besogneux. Nous nous foutons de ce qu'elles produisent, du nombre de personnes qu'elles emploient. La finance a été inventée pour rendre possibles les grands projets, l'émancipation économique des peuples. En ce moment, nous parions contre l'humanité, valeur extrêmement volatile. La finance engendre des catastrophes. Elle prospère en les résorbant. Nos profits sont vos pertes."

"Les pires truands de la planète sont comme moi. Ils financent la lutte contre le paludisme, créent des écoles en Afrique, investissent dans l'éolien. Ils invitent Nelson Mandela à leur anniversaire. Ils écoutent Bono comme le Messie, veulent serrer la main d'Angelina Jolie. Ils passent leur week-end dans leur Bionic, un sous-marin individuel de luxe. Ils fuient le monde, le survolent en jets privés. Dans les journaux, sur les recommandations de leur directeur de la communication, ils s'affichent en Prius. Ils cherchent une rédemption dans l'art, investissent dans n'importe quoi. je suis un enfant du fascisme occidental. Je veux appuyer sur la touche "échappe". J'ai tout. Je sors la clé USB de Madame Krudson. Je vais me racheter."


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25 juin 2010

"A mort le foot"

dep"Voici bientôt quatre longues semaines que les gens normaux, j'entends les gens issus de la norme, avec deux bras et deux jambes pour signifier qu'ils existent, subissent à longueur d'antenne les dégradantes contorsions manchotes des hordes encaleçonnées sudoripares qui se disputent sur gazon l'honneur minuscule d'être champions de la balle au pied.

Voilà bien la différence entre le singe et le footballeur. Le premier a trop de mains ou pas assez de pieds pour s'abaisser à jouer au football.

Le football. Quel sport est plus laid, plus balourd et moins gracieux que le football? Quelle harmonie, quelle élégance l'esthète de base pourrait-il bien découvrir dans les trottinements patauds de 22 handicapés velus qui pousse des balles comme on pousse un étron, en ahanant des râles vulgaires de bœufs éteints.

Quel bâtard en rut de quel corniaud branlé oserait manifester publiquement sa libido en s'enlaçant frénétiquement comme ils le font par paquets de 8, à grands coups de pattes grasses et mouillées, en ululant des gutturalités simiesques à choquer un rocker d'usine? Quelle brute glacée, quel monstre décérébré de quel ordre noir oserait rire sur des cadavres comme nous le vîmes en vérité, certain soir du Heysel où vos idoles, calamiteux goalistes extatiques, ont exulté de joie folle au milieu de 40 morts piétinés, tout ça parce que la baballe était dans les bois?

Je vous hais, footballeurs. Vous ne m'avez fait vibrer qu'une fois; le jour où j'ai appris que vous aviez attrapé la chiasse mexicaine en suçant des frites aztèques. J'eusse aimé que les amibes vous coupassent les pattes jusqu'à la fin du tournoi. Mais Dieu n'a pas voulu. Ça ne m'a pas surpris de sa part. Il est des vôtres. Il est comme vous. Il est partout, tout le temps, quoi qu'on fasse et où qu'on se planque, on ne peut y échapper.

Quand j'étais petit garçon, je me suis cru longtemps anormal parce que je vous repoussais déjà. Je refusais systématiquement de jouer au foot, à l'école ou dans la rue. On me disait: «Ah, la fille!» ou bien: «Tiens, il est malade», tellement l'anormalité est solidement solidaire de la non-footballité.

Je vous emmerde. Je n'ai jamais été malade. Quant à la féminité que vous subodoriez, elle est toujours en moi. Et me pousse aux temps chauds à rechercher la compagnie des femmes. Y compris celles des vôtres que je ne rechigne pas à culbuter quand vous vibrez au stade.
Pouf, pouf."


Pierre Desproges (1938-1987)

«Chroniques de la haine ordinaire» -  juin 1986

 


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22 juin 2010

José SARAMAGO : démocratie ou ploutocratie ?

saramLe grand écrivain portugais José SARAMAGO, prix Nobel de littérature en 1998, vient de mourir à l'age de 87 ans

 

Voici ce qu'il disait, en novembre 2006, dans "le Monde des livres" :

 

"Nous vivons à une époque où l'on peut tout discuter mais, étrangement, il y a un sujet qui ne se discute pas, c'est la démocratie. C'est quand même extraordinaire que l'on ne s'arrête pas pour s'interroger sur ce qu'est la démocratie, à quoi elle sert, à qui elle sert ? C'est comme la Sainte Vierge, on n'ose pas y toucher. On a le sentiment que c'est une donnée acquise. Or, il faudrait organiser un débat de fond à l'échelle internationale sur ce sujet et là, certainement, nous en arriverions à la conclusion que nous ne vivons pas dans une démocratie, qu'elle n'est qu'une façade.
Bien sûr on pourra me rétorquer que, en tant que citoyen et grâce au vote, on peut changer un gouvernement ou un président, mais ça s'arrête là. Nous ne pouvons rien faire de plus, car le vrai pouvoir aujourd'hui, c'est le pouvoir économique et financier, à travers des institutions et des organismes comme le FMI (Fonds monétaire international) ou l'OMC (Organisation mondiale du commerce)
(*) qui ne sont pas démocratiques. Nous vivons dans une ploutocratie.  La vieille phrase, "la démocratie, c'est le gouvernement du peuple par et pour le peuple", est devenue "le gouvernement des riches par les riches et pour les riches".

(*) on pourrait rajouter le sport, c'est d'actualité !

 

J'avais fait un papier sur un de ses livres "les intermittences de la mort".

 

Humour et lucidité pourraient caractériser cet homme libre et courageux.

 

A découvrir ici


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17 juin 2010

Albert JACQUARD - "Le compte à rebours a-t-il commencé ?"

jac Dans ce livre, Albert JACQUARD reprend les thèmes qui lui sont chers :

le nucléaire et l'héritage que nous laissons à nos enfants

"La façon dont les économistes négligent trop souvent de tenir compte de la finitude de la terre est significative du comportement de l'humanité envers elle. Nous avons agi comme si elle était à notre service et inépuisable. Dans de nombreux domaines, la cote d'alerte a été dépassée, notamment dans l'utilisation des ressources non renouvelables de la terre, ce qui est le cas des sources d'énergie, gaz, charbon, pétrole par exemple. Un arrêt le plus rapide possible de la destruction en cours s'impose avec comme objectif de retarder ou même d'éviter leur épuisement.
Raisonnablement, nous devons nous contenter, pour satisfaire nos besoins en énergie, de la seule source inépuisable à vue d'homme, le soleil, cette merveilleuse centrale nucléaire dont la durée de vie s'exprime en milliards d'années. C'est la gestion de l'ensemble des biens non renouvelables fournis par la terre qui doit être repensée.
Cette gestion est raisonnable pour les récoltes obtenues au rythme des saisons, elle ne l'est pas pour les biens non renouvelables ou qui le sont à un rythme trop lent, tel le pétrole. Ces cadeaux qui ne sont reçus qu'une fois, à qui appartiennent-ils ? La seule réponse sage est : « à tous les humains », « tous » signifiant aussi bien ceux qui sont nos contemporains que les humains encore à naître. Comment pourrait-on justifier une réponse différente ?
Cette évidence a des conséquences vertigineuses. Les richesses de la terre appartiennent à nos descendants. Nous devons donc cesser de les détruire sous peine de commettre un vol. Le constat récent que notre domaine est terriblement étroit suffit à bouleverser notre regard sur notre aventure. Le choc a été rendu plus violent par notre comportement fondé sur l'oubli des limites imposées par la nature."


la frénésie de la consommation :

"Si, à la façon des Conventionnels de 1793, nous entreprenions de donner de nouveaux noms aux périodes du calendrier, nous n'appellerions par les mois d'hiver "névrôse" et "ventôse", par référence à la neige ou à la tempête, mais "gachôse" ou "boulimôse" par référence au délire de consommation et de gâchis dont notre société est volontairement possédée durant les fêtes de fin d'année."

L'éducation et l'absurdité de la notation, les écoles prépas,

"Pendant deux ou trois ans, aussitôt après l'inévitable bac, toute l'énergie, toute l'activité intellectuelle des candidats doivent être tendues   par une seule obsession : intégrer. Il faut, comme une taupe, creuser un sombre tunnel en ignorant le reste du monde, à l'exception des autres concurrents ; ceci n'ont de réalité que comme compétiteurs, l'objectif est de les dépasser. La course commencée en maternelle se poursuit. « Encore un dernier effort», disent les profs de « prépas ». Ils ont tort, ce n'est pas le dernier : des efforts plus durs encore attendent ceux qui entrent dans ce jeu de lutte."

l'école polytechnique (sa bête noire)

"Le statut militaire de cette école ne serait qu'un résidu historique pittoresque s'il n'ancrait dans les esprits une vision hiérarchique et figée de la société. À vingt ans, l'avenir de ces jeunes a été fixé en fonction de notes à quelques examens qui les orientent vers la gestion des entreprises, vers la recherche scientifique, vers la banque ou vers l'informatique. Les choix résultent plus des développements de carrière espérés que des passions ressenties ; ils sont signes d'un conformiste plus que d'une vocation."

Rien de bien nouveau mais toujours salutaire à lire, ou à entendre ( ici ).


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14 juin 2010

Henning MANKELL - "Le fils du vent"

filsMolo a grandit dans le désert de Kalahari, dans le sud de l'Afrique.
Il a 10 ans lorsqu'il échappe au massacre de ses parents, Be et Kiko, lors d'une guerre entre ethnies
Hans Bengler est un étudiant suédois. Il abandonne ses études de médecine car la vue du sang l'indispose et se lance dans une expédition au départ du Cap afin de ramener de nouveaux d'insectes.
Leurs destins se croisent. Bengler décide de ramener Molo avec lui en Suède. A défaut d'insectes, il aura un spécimen à exhiber.
Il rebaptise Molo en Daniel et se fait appeler "Père".
Arrivé en Scanie, la Suède du Sud, en cette fin de 19ème siècle, pays austère au climat rigoureux, rien ne se passe comme prévu. Daniel ne s'adapte pas à cette nouvelle culture, malgré tous ses efforts pour faire plaisir à Père.
La voie de ses parents, des images de son passé, apparaissent de plus en plus, dans sa tête, en rêve, une présence qui le guide dans tous ses actes.
Il n'a bientôt qu'une idée : retourner sur ses terres, pour achever la peinture de l'antilope sur le rocher, que son père avait commencé, fuir ces gens qui vénèrent un dieu accroché sur une planche avec des clous : qui sait si un jour il ne leur prenne pas l'idée de lui réserver le même sort.

extrait :

"Ce ne sera pas compliqué, reprit-il. Je monterai sur une petite estrade et j'exposerai les insectes en indiquant sur une carte leurs différentes provenances. Toi, tu seras assis à côté de moi. Quand je prononcerai ton nom, tu te lèveras, tu t'inclineras et tu diras : "Je m'appelle Daniel. Je crois en Dieu". Rien d'autre. Quand je te demanderai d'ouvrir la bouche, tu le feras. Quand je te dirai de rire, tu riras, mais pas trop longtemps, ni trop fort. Quand je te demanderai de gonfler tes joues comme un animal, tu le feras aussi. Puis tu sauteras à la corde pour montrer ton agilité. C'est tout. Si jamais quelqu'un dans l'assistance veut te toucher, tu accepteras en te disant qu'il ne te veux pas de mal. Mais tu dois surtout te dire que çà nous permettra de nous payer une meilleure chambre. As-tu bien compris ?
Daniel fit oui de la tête. En réalité, il n'avait pas compris un seul mot, mais Père lui avait parlé gentiment. Un peu comme Be quand elle voulait faire la paix avec Kiko après une dispute."

Henning MANKELL est un romancier suédois, plus connu par ses polars (la manksérie du commissaire Wallander). Il partage sa vie entre la Suède et le Mozambique.
"Le fils du vent" est une fable, joliment racontée, sur le choc des cultures, les racines, mais aussi sur la puissance de notre être intérieur, la force des esprits qui nous accompagnent. Le r
écit est plaisant, les personnages attachants, même dans leur bêtise et leur ignorance et la fin surprenante.
Henning MANKELL est aussi un écrivain engagé : il faisait partie de l'expédition humanitaire vers Gaza et a séjourné 3 jours dans les geôles israéliennes avant d'être expulsé en S
uède.

voir le récit sur le site de Courrier international

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10 juin 2010

"Je souhaite que l'équipe de France ne passe pas le 1er tour"

footA la veille de l'ouverture de cette grande mascarade, je vous livre le jugement de Fabien Ollier, philosophe et directeur de la revue "quel sport ?" :

"je souhaite que l'équipe de France ne passe pas le premier tour. Leur manière de jouer si mal tout en étalant de manière indécente un rythme de vie particulièrement nauséabond est la preuve d'une morgue terrible vis-à-vis de quelques principes éthiques et moraux élémentaires. Malheureusement, chaque victoire de l'équipe de France fait reculer de plusieurs centimètres la pensée critique dans ce pays. Je n'apprécie pas le développement du totalitarisme sportif. Nous venons d'en finir avec Roland-Garros, le Mondial prend place et nous aurons ensuite le Tour de France. Le système des retraites peut être pulvérisé en silence."

Allons-nous encore longtemps idolâtrer ces milliardaires en culotte court ?

Ce matin on m'a demandé qui je supportais.
J'ai répondu que je ne supportais plus...ce sport-spectacle, rassembleur de foules dupées par les gesticulations de pantins manipulés par l'affairisme et la mafia.

Mais ce n'est qu'un jugement personnel...


l'article en intégralité : cliquez ici

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07 juin 2010

Yoko OGAWA - Cristallisation secrète

cristalL'histoire se passe dans une île sur laquelle se déroule un phénomène étrange : les choses disparaissent petit à petit.
Chaque disparition plonge les habitants dans une mélancolie de plus en plus marquée.
La résignation s'installe, d'autant plus que la police secrète veille à ce que tout souvenir de l'objet disparu s'efface entièrement : les traqueurs de souvenirs sont impitoyables.
Ainsi disparaissent les oiseaux, les parfums,les roses, les photographies,... , les romans.
La jeune narratrice écrit justement un roman. Elle héberge son éditeur (R, dans l'extrait ci-après) menacé et prend soin d'un grand-père qui vit seul sur les ruines de son ferry disparu lui aussi.
Ces trois personnages survivent clandestinement au milieu de souvenirs, s'efforcent de ne pas oublier. Résistant en quelque sorte à une dictature rampante.
Yoko OGAWA est japonaise et auteure de nombreux romans. Son univers romanesque est caractérisé par une obsession du classement, de la volonté de garder la trace des souvenirs et du passé, lit-on sur Wikipedia.
J'ai découvert une écriture simple, poétique, parfois naïve mais aussi une atmosphère sombre et inquiétante, description d'un monde qui s'effondre, de vies retranchées, faites de résignation et de méfiance.
Le passage de la disparition des romans est un des plus tragiques, la ville se transformant en d'immenses bûchers où chacun vient y déposer les livres et où les bibliothèques sont incendiées : un vrai cauchemar !

extrait :

"Après avoir passé ainsi quelques semaines sans incident, une nouvelle disparition s'est produite. Je croyais m'y être habituée, mais cette fois-ci ce ne fut pas aussi simple. Les romans ont disparu.
Comme d'habitude la disparition a commencé le matin, et la progression s'est faite lentement.
Au cours de la matinée, il n'y eut pas de changement particulier dans l'aspect de la ville.
- Chez nous il n'y a pas à ce roman, alors. C'est facile, hein. Mais chez vous, cela doit être terrible. Parce que vous en écrivez. Si je peux vous être utile, n'hésitez pas à me demander. Parce que les livres, c'est lourd, hein.
J'étais dans la rue devant la maison, à regarder autour de moi, quand l'ex-chapelier n'avait adressé la parole.
- Eeh, je vous remercie, n'avait-je pu faire autrement que de lui répondre d'une voix sans force.
Bien sûr, R s'est opposé catégoriquement à la disparition des romans.
- Vous allez apporter ici tous les livres de la maison. Et bien sûr, votre manuscrit également, me dit-il.
- Si je fais cela, la pièce va être pleine de livres. Vous n'aurez plus d'endroit pour vous poser, ai-je dit en secouant la tête.
- Juste la place pour mon corps, c'est amplement suffisant. Si vous les cachez ici, il n'y a aucune inquiétude à avoir, personne ne les trouvera.
Oui mais qu'adviendra-t-il par la suite ? À quoi ça sert de garder en réserve des livres qui ont disparu ?"

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31 mars 2010

Frédéric BEIGBEDER - Un roman français

ROMFRANFrédéric BEIGBEDER n'est pas le dandy bobo, fêtard branché, pipole, comme on le présente souvent.
C'est du moins ce qu'il essaie de démontrer dans ce livre, conçu lors de ses 3 jours passés en garde à vue, suite à une interpellation pour consommation de coke sur la voie publique, lors d'une de ses virées nocturnes.
Cette expérience douloureuse est le point de départ d'un regard sur lui-même, sur son enfance, ses blessures, ses humiliations, son mal-être.
Le récit de sa vie passée retrouvée, qu'il avait en partie occulté en effaçant de sa mémoire toute une partie de son enfance, croise le témoignage de ces 3 jours et 3 nuits de maltraitance, infligées par le bon vouloir d'un juge qui a par la suite réussi à censurer les passages peu amènes à son égard.
L'écriture est sincère et souvent très drôle. Le personnage finit par nous être sympathique.

Extrait :

"Une famille, c'est un groupe de gens qui n'arrivent pas à communiquer, mais s'interrompent très BEIGbruyamment, s'exaspèrent mutuellement, comparent les diplômes de leurs enfants comme la décoration de leur maison, et se déchirent l'héritage de parents dont le cadavre est encore tiède. Je ne comprend pas les gens qui considèrent la famille comme un refuge alors qu'elle ravive les plus profondes paniques. Pour moi, la vie commençait quand on quittait la famille. Alors seulement on se décidait à naître. Je voyais la vie divisée en deux parties : la première était un esclavage, et l'on employait la seconde à essayer d'oublier la première. S'intéresser à son enfance était un truc de gâteux ou de lâche. A force de croire qu'il était possible de se débarrasser de son passé, j'ai vraiment cru que j'y étais parvenu. Jusqu'à aujourd'hui."


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15 mars 2010

Philip ROTH - Exit le fantôme

exitNathan Zuckermann, écrivain de 71 ans, revient à New York pour y subir des soins en vue de soulager un handicap consécutif à son cancer de la prostate qui l'a conduit, onze ans plus tôt, à s'isoler à la campagne, à l'écart des mondanités et de l'agitation médiatique.
Il renoue avec son passé, retrouve une amie de jeunesse, comme lui diminuée par la maladie, est confronté au harcellement d'un jeune biographe prêt à tout pour dévoiler les secrets d'un auteur qu'il a autrefois admiré et s'illusionne encore sur ses capacités de séduction, au contact d'une jeune admiratrice.
Mais la réalité est là, la mémoire flanche, le corps défaille et les illusions s'envolent brutalement.
Ce n'est pas un livre très gai car il y parle de la maladie et de la mort,  comme destin  auquel on se résigne, plutôt qu'on ne l'accepte.
L'auteur, que l'on identifie sans mal au personnage qu'il met en scène depuis 30 ans, parle d'un roman "sur la douleur de la perte comme celle de la mémoire, la douleur de ne vivre qu'à moitié".
L'action se situe en 2004, au moment de la réélection crapuleuse de Bush, et cette
actualité est présente tout au long du roman.

Extrait d'une interview accordée au journal "les inrocks"  en octobre 2009 :

- Pourquoi cette obsession de la mort ?roth

  En fait, ce n’est pas une obsession, je n’y pense pas constamment, mais c’est devenue une préoccupation, comme un nouveau sujet d’étude. Mes amis sont tous morts ces six dernières années. Mon frère aussi, il y a un an. Comme disait l’écrivain V. S. Naipaul, j’appartiens désormais au club des enterrements une fois par mois.

- Comment voyez-vous votre époque ?

J’essaie toujours d’écrire des histoires qui saisissent quelque chose de l’Amérique qui, je l’espère, est essentiel. Dans Exit le fantôme, je voulais restituer l’état d’esprit de jeunes gens qui, après le 11 Septembre, commencent à en avoir marre de l’Amérique et remettent leur pays en question. Quant à l’époque… ça n’a jamais été le paradis, vous savez, mais aujourd’hui nous sommes en train de patauger dans la boue de ce que Saul Bellow appelait un “enfer de débilité”. Le représentant de ces crétins, dans mon livre, c’est Kliman, celui qui s’acharne à vouloir écrire une bio qui révélerait tous les secrets d’un grand écrivain.

C'est un livre d'une grande richesse, dense, très bien écrit, difficile à suivre parfois car on n'a pas toujours envie d'épouser les états d'âme de ce personnage misogyne et désabusé (mais ce n'est pas non plus ce que nous demande la littérature ! ). Philip ROTH est un grand auteur, pressenti chaque année pour le prix Nobel.

Extrait :
" Qu'est-ce qui m’étonna le plus pendant ces premiers jours passés à arpenter la ville ? la chose la plus évidente : les téléphones portables. Là haut dans ma montagne le réseau ne passait pas et en bas, à Athéna, où il passe, je voyais rarement des gens parler au téléphone en pleine rue sans le moindre complexe. Je me rappelais un New York où les seules personnes qu'on voyait remonter Broadway en se parlant toutes seules étaient les fous. Qu'est-ce qui s'était passé depuis dix ans pour qu'il y ait soudain tant de choses à dire - à dire de si urgent que çà ne pouvait pas attendre ? Partout ou j'allais, il y avait quelqu'un qui s'approchait de moi en parlant au téléphone, et quelqu'un derrière moi qui parlait au téléphone. A l'intérieur des voitures, les conducteurs étaient au téléphone. Quand je prenais un taxi, le chauffeur était au téléphone. Moi qui pouvait passer souvent plusieurs jours de suite sans parler à personne, je ne pouvais que me demander de quel ordre était ce qui s'était effondré, qui jusque-là tenait fermement les gens, pour qu'ils préfèrent être au téléphone en permanence plutôt que de se promener à l'abri de toute surveillance, seuls un moment, à absorber les rues par tous les sens et à penser aux millions de choses que vous inspirent les activités d'une ville. Pour moi, cela avait aussi quelque chose de tragique. Éradiquer l'expérience de la séparation ne pouvait manquer d'avoir un effet dramatique. Quelles allaient en être les conséquences ?  Vous savez que vous pouvez joindre l'autre à tout moment, et si vous n'y arrivez pas, vous vous mettez en colère comme un petit dieu stupide. J'avais compris qu'un fond de silence n'existait plus depuis longtemps dans les restaurants, les ascenseurs et les stades de base-ball. Mais que l'immense sentiment de solitude des êtres humains produise ce désir lancinant, inépuisable, de se faire entendre, en se moquant totalement que les autres puissent surprendre vos conversations, tout cela me frappait par son côté étalage au grand jour."

 

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