sorjSorj Chalandon, journaliste à libération, a été reporter de guerre pendant 23 ans.
Il s'est toujours interrogé sur l'attitude de l'homme dans la résistance en général, pendant la révolution française et surtout sous l'occupation, périodes ou les plus faibles ont pu devenir des héros et les plus parleurs, des lâches. La guerre est un moment ou l'homme se découvre. Brusquement, il est absolument nu. Certains ont pu détourné les yeux et se sont forgé une légende.
C'est le cas de cet homme, dans son dernier roman, « La légende de nos pères », qui contacte un écrivain-biographe pour écrire ses morceaux de bravoure.
Au fil des rencontres, l'écrivain, le narrateur, se rend compte que l'homme, qui lui rappelle son propre père, vrai résistant, qui n'a jamais pu lui confier ses actes, s'est constitué un passé de héros, trompant sa fille et tous ses proches.

"Et soudain, je me suis demandé si mon client disait la vérité.
Vérité. le mot m'était venu un peu plus tôt, au moment de m'asseoir dans le salon du vieil homme. Tout ce que celui-ci racontait était-il vrai ? ou pouvait-il être vrai ? Ou pouvait-il ne pas l'être ?  Et puis quoi ? Après tout, peu importait. Mon rôle de biographe était d'entendre et de rapporter, de trouver d'autres mots pour habiller les mots, de chercher des images, des couleurs, des sons, des merveilles. Mon rôle était de prendre chaque phrase pour vraie. Je n'était pas journaliste, pas historien, et encore moins juge. Je n'avais à douter de rien."

C'est un beau récit, qui rend hommage à la résistance, s'interroge sur la mémoire, sur sa falsification.
Encore un thème qui m'obsède, qu'est-ce que j'aurais fait à cette époque ? Quels choix ? comment juger ce qui est juste ? Quelles conséquences tragiques pour certains actes dérisoires ? comme l'attentat
manqué d'un convoi militaire qui a conduit au massacre d'Ascq par les allemands, dans la nuit du 1er au 2 avril 1944.