exitNathan Zuckermann, écrivain de 71 ans, revient à New York pour y subir des soins en vue de soulager un handicap consécutif à son cancer de la prostate qui l'a conduit, onze ans plus tôt, à s'isoler à la campagne, à l'écart des mondanités et de l'agitation médiatique.
Il renoue avec son passé, retrouve une amie de jeunesse, comme lui diminuée par la maladie, est confronté au harcellement d'un jeune biographe prêt à tout pour dévoiler les secrets d'un auteur qu'il a autrefois admiré et s'illusionne encore sur ses capacités de séduction, au contact d'une jeune admiratrice.
Mais la réalité est là, la mémoire flanche, le corps défaille et les illusions s'envolent brutalement.
Ce n'est pas un livre très gai car il y parle de la maladie et de la mort,  comme destin  auquel on se résigne, plutôt qu'on ne l'accepte.
L'auteur, que l'on identifie sans mal au personnage qu'il met en scène depuis 30 ans, parle d'un roman "sur la douleur de la perte comme celle de la mémoire, la douleur de ne vivre qu'à moitié".
L'action se situe en 2004, au moment de la réélection crapuleuse de Bush, et cette
actualité est présente tout au long du roman.

Extrait d'une interview accordée au journal "les inrocks"  en octobre 2009 :

- Pourquoi cette obsession de la mort ?roth

  En fait, ce n’est pas une obsession, je n’y pense pas constamment, mais c’est devenue une préoccupation, comme un nouveau sujet d’étude. Mes amis sont tous morts ces six dernières années. Mon frère aussi, il y a un an. Comme disait l’écrivain V. S. Naipaul, j’appartiens désormais au club des enterrements une fois par mois.

- Comment voyez-vous votre époque ?

J’essaie toujours d’écrire des histoires qui saisissent quelque chose de l’Amérique qui, je l’espère, est essentiel. Dans Exit le fantôme, je voulais restituer l’état d’esprit de jeunes gens qui, après le 11 Septembre, commencent à en avoir marre de l’Amérique et remettent leur pays en question. Quant à l’époque… ça n’a jamais été le paradis, vous savez, mais aujourd’hui nous sommes en train de patauger dans la boue de ce que Saul Bellow appelait un “enfer de débilité”. Le représentant de ces crétins, dans mon livre, c’est Kliman, celui qui s’acharne à vouloir écrire une bio qui révélerait tous les secrets d’un grand écrivain.

C'est un livre d'une grande richesse, dense, très bien écrit, difficile à suivre parfois car on n'a pas toujours envie d'épouser les états d'âme de ce personnage misogyne et désabusé (mais ce n'est pas non plus ce que nous demande la littérature ! ). Philip ROTH est un grand auteur, pressenti chaque année pour le prix Nobel.

Extrait :
" Qu'est-ce qui m’étonna le plus pendant ces premiers jours passés à arpenter la ville ? la chose la plus évidente : les téléphones portables. Là haut dans ma montagne le réseau ne passait pas et en bas, à Athéna, où il passe, je voyais rarement des gens parler au téléphone en pleine rue sans le moindre complexe. Je me rappelais un New York où les seules personnes qu'on voyait remonter Broadway en se parlant toutes seules étaient les fous. Qu'est-ce qui s'était passé depuis dix ans pour qu'il y ait soudain tant de choses à dire - à dire de si urgent que çà ne pouvait pas attendre ? Partout ou j'allais, il y avait quelqu'un qui s'approchait de moi en parlant au téléphone, et quelqu'un derrière moi qui parlait au téléphone. A l'intérieur des voitures, les conducteurs étaient au téléphone. Quand je prenais un taxi, le chauffeur était au téléphone. Moi qui pouvait passer souvent plusieurs jours de suite sans parler à personne, je ne pouvais que me demander de quel ordre était ce qui s'était effondré, qui jusque-là tenait fermement les gens, pour qu'ils préfèrent être au téléphone en permanence plutôt que de se promener à l'abri de toute surveillance, seuls un moment, à absorber les rues par tous les sens et à penser aux millions de choses que vous inspirent les activités d'une ville. Pour moi, cela avait aussi quelque chose de tragique. Éradiquer l'expérience de la séparation ne pouvait manquer d'avoir un effet dramatique. Quelles allaient en être les conséquences ?  Vous savez que vous pouvez joindre l'autre à tout moment, et si vous n'y arrivez pas, vous vous mettez en colère comme un petit dieu stupide. J'avais compris qu'un fond de silence n'existait plus depuis longtemps dans les restaurants, les ascenseurs et les stades de base-ball. Mais que l'immense sentiment de solitude des êtres humains produise ce désir lancinant, inépuisable, de se faire entendre, en se moquant totalement que les autres puissent surprendre vos conversations, tout cela me frappait par son côté étalage au grand jour."