cristalL'histoire se passe dans une île sur laquelle se déroule un phénomène étrange : les choses disparaissent petit à petit.
Chaque disparition plonge les habitants dans une mélancolie de plus en plus marquée.
La résignation s'installe, d'autant plus que la police secrète veille à ce que tout souvenir de l'objet disparu s'efface entièrement : les traqueurs de souvenirs sont impitoyables.
Ainsi disparaissent les oiseaux, les parfums,les roses, les photographies,... , les romans.
La jeune narratrice écrit justement un roman. Elle héberge son éditeur (R, dans l'extrait ci-après) menacé et prend soin d'un grand-père qui vit seul sur les ruines de son ferry disparu lui aussi.
Ces trois personnages survivent clandestinement au milieu de souvenirs, s'efforcent de ne pas oublier. Résistant en quelque sorte à une dictature rampante.
Yoko OGAWA est japonaise et auteure de nombreux romans. Son univers romanesque est caractérisé par une obsession du classement, de la volonté de garder la trace des souvenirs et du passé, lit-on sur Wikipedia.
J'ai découvert une écriture simple, poétique, parfois naïve mais aussi une atmosphère sombre et inquiétante, description d'un monde qui s'effondre, de vies retranchées, faites de résignation et de méfiance.
Le passage de la disparition des romans est un des plus tragiques, la ville se transformant en d'immenses bûchers où chacun vient y déposer les livres et où les bibliothèques sont incendiées : un vrai cauchemar !

extrait :

"Après avoir passé ainsi quelques semaines sans incident, une nouvelle disparition s'est produite. Je croyais m'y être habituée, mais cette fois-ci ce ne fut pas aussi simple. Les romans ont disparu.
Comme d'habitude la disparition a commencé le matin, et la progression s'est faite lentement.
Au cours de la matinée, il n'y eut pas de changement particulier dans l'aspect de la ville.
- Chez nous il n'y a pas à ce roman, alors. C'est facile, hein. Mais chez vous, cela doit être terrible. Parce que vous en écrivez. Si je peux vous être utile, n'hésitez pas à me demander. Parce que les livres, c'est lourd, hein.
J'étais dans la rue devant la maison, à regarder autour de moi, quand l'ex-chapelier n'avait adressé la parole.
- Eeh, je vous remercie, n'avait-je pu faire autrement que de lui répondre d'une voix sans force.
Bien sûr, R s'est opposé catégoriquement à la disparition des romans.
- Vous allez apporter ici tous les livres de la maison. Et bien sûr, votre manuscrit également, me dit-il.
- Si je fais cela, la pièce va être pleine de livres. Vous n'aurez plus d'endroit pour vous poser, ai-je dit en secouant la tête.
- Juste la place pour mon corps, c'est amplement suffisant. Si vous les cachez ici, il n'y a aucune inquiétude à avoir, personne ne les trouvera.
Oui mais qu'adviendra-t-il par la suite ? À quoi ça sert de garder en réserve des livres qui ont disparu ?"